Arnaques visant les proches de détenus : les repérer et réagir
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- Date de dernière mise à jour : 24 juillet 2026
Sur Facebook, TikTok ou WhatsApp, des milliers de mères, compagnes, frères et sœurs de personnes incarcérées se retrouvent dans des groupes d’entraide. Ces communautés sont précieuses : elles rompent l’isolement et fournissent des réponses que l’administration pénitentiaire donne rarement. Mais elles attirent aussi des escrocs qui exploitent la détresse des familles. Promesse de téléphone en cellule, garantie de protection contre les violences, fausse démarche accélérée pour un permis de visite : les scénarios sont rodés. Cette page vous explique comment les reconnaître, comment vous en protéger et quoi faire si vous avez déjà versé de l’argent.
Comment reconnaître une arnaque visant les proches de détenus ?
Une arnaque visant un proche de détenu repose presque toujours sur le même mécanisme : un inconnu vous contacte en message privé après un message public, propose un service impossible à vérifier depuis l’extérieur et exige un paiement immédiat par un moyen non traçable.
Les six signaux d’alerte
- Le contact arrive en privé après un post public sur un réseau social. Vous demandez publiquement si quelqu’un connaît la prison où votre proche est détenu et un inconnu vous écrit dans la foulée.
- La personne affirme connaître votre proche incarcéré ou partager sa cellule, sans que vous ayez donné son nom ou en le reprenant simplement de votre message.
- Le service promis est illégal. Introduire un téléphone en détention est un délit. Personne ne peut vous le vendre légalement.
- Le paiement est exigé rapidement, avec un sentiment d’urgence : « il faut que ce soit fait avant demain », « il est en danger ».
- Le moyen de paiement est irréversible : PCS, Transcash, Neosurf, Paysafecard, cryptomonnaie, Western Union ou virement instantané vers un compte de particulier.
- La personne refuse tout appel vidéo ou toute preuve vérifiable et invoque des prétextes de sécurité.
Un point de repère simple : aucun service en détention ne se paie à un particulier. Le pécule s’alimente exclusivement par les canaux officiels et la cantine passe par l’établissement.
Les arnaques les plus fréquentes
Le faux codétenu
L’escroc se présente comme incarcéré dans le même établissement que votre proche ou comme son compagnon de cellule. Il propose de lui remettre un téléphone, de le protéger ou simplement de transmettre un message. Le prix annoncé est souvent modeste au départ (50 à 150 €) puis les demandes se répètent.
Le faux proche de détenu
Le profil se présente comme une famille dans la même situation, tisse un lien de confiance sur plusieurs semaines, puis évoque une urgence financière ou propose un service payant.
La fausse démarche administrative
L’escroc prétend obtenir plus vite un permis de visite, un numéro d’écrou ou un transfert d’établissement contre paiement.
Le faux avocat ou le faux intermédiaire judiciaire
Un profil se présente comme avocat, ancien surveillant ou « contact au greffe ». Il promet une remise de peine, une libération conditionnelle ou une intervention auprès du juge d’application des peines.
Un avocat exerçant réellement est inscrit à un barreau : vous pouvez le vérifier gratuitement sur l’annuaire du Conseil national des barreaux. Aucun avocat ne démarche une famille en message privé sur un groupe Facebook.
L’arnaque sentimentale
Un profil se présentant comme détenu ou proche de détenu noue une relation affective à distance, puis sollicite de l’argent pour un pécule, un avocat ou une caution.
L’usurpation du profil d’un membre connu
L’escroc copie la photo et le nom d’une personne active et respectée dans le groupe, puis contacte les membres en privé. Si un contact habituel vous demande soudainement de l’argent, appelez-le par un autre canal avant de répondre.
Des arnaques avec les proches de détenus pour cible sur les réseaux sociaux
Malgré une situation actuelle particulièrement difficile, les proches de détenus sont régulièrement pris pour cible par des arnaqueurs sur les réseaux sociaux. Isolés et désemparés, les membres des familles de personnes écrouées sont prêts à tout pour entrer en contact avec leur proche en prison ou améliorer ses conditions de détention.
Les malfrats agissant sur les groupes Facebook l’ont bien compris et usent de subterfuges s’apparentant à de l’abus de faiblesse pour générer illégalement du profit.
La détresse des gens utilisée par des malfrats pour détourner de l’argent
Pour parvenir à leurs fins, les auteurs d’arnaques sur les groupes de proches de détenus ne reculent devant rien. En se faisant passer pour des personnes incarcérées, pour des membres de la famille d’un détenu soi-disant écroué dans le même établissement pénitentiaire que le proche des victimes voire dans la même cellule, ces derniers parviennent à détourner des fonds. Ceux-ci pour garantir une soi-disant sécurité, un pseudo téléphone ou encore d’autres avantages aux parents. Ces derniers paient des services qui ne sont évidemment jamais rendus.
Des techniques bien rodées
Pour voler les proches de détenus, les escrocs attendent sur les groupes de proches de détenus des posts bien précis. « Mon fils vient d’être écroué à Fleury Mérogis, existe-t-il des détenus ou proches de détenus qui se trouvent là-bas dans ce groupe ? ».
Les arnaqueurs se manifestent, généralement via des messages privés et se font passer pour des détenus connaissant personnellement le proche mentionné.
En échange d’argent, ces derniers assurent aux parents qu’il pourront fournir un téléphone à leur enfant en échange de 100 € ou encore assurer sa sécurité après un virement. Rassurés, les proches de détenus paient évidemment avant d’être tout bonnement bloqués sur les réseaux sociaux par un individu qui, une fois l’argent empoché, disparaît sans jamais rendre le service promis.
Que faire si vous avez déjà envoyé de l’argent
Agissez le jour même : les chances de récupérer les fonds décroissent très vite.
1. Contactez immédiatement votre banque
Demandez une procédure de recall (rappel de fonds) si le virement est récent. Cette procédure permet à votre banque de solliciter celle du bénéficiaire pour restituer la somme. Elle n’aboutit que si l’argent n’a pas encore été retiré, d’où l’urgence.
Un point à connaître, même s’il est décourageant : lorsque vous avez validé vous-même le virement, la banque n’est en principe pas tenue de vous rembourser. Le régime protecteur des articles L133-18 et suivants du code monétaire et financier vise les opérations non autorisées (carte volée, compte piraté) et non les paiements consentis sous l’effet d’une tromperie.
Le recall reste une tentative, sans garantie. Si vous avez payé par carte bancaire, interrogez néanmoins votre banque sur une éventuelle procédure de contestation : les conditions varient selon les établissements et le contexte.
2. Conservez toutes les preuves
Captures d’écran de la conversation complète, du profil de l’escroc, de l’annonce ou du post d’origine, ainsi que le justificatif de paiement (référence du virement, coordonnées bancaires du bénéficiaire, code du coupon prépayé). Ne supprimez rien et ne bloquez pas le profil avant d’avoir tout enregistré.
3. Portez plainte
L’escroquerie est un délit prévu par l’article 313-1 du code pénal, puni de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 € d’amende. Vous disposez de six ans à compter des faits pour porter plainte.
Deux voies :
- En ligne via THESEE, la plateforme de plainte dédiée aux escroqueries commises sur internet.
- En commissariat ou en gendarmerie.
Vous pouvez aussi écrire directement au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent.
4. Signalez le profil sur PHAROS
La plateforme officielle du ministère de l’Intérieur (internet-signalement.gouv.fr) recueille les signalements de contenus illicites, dont les escroqueries.
Attention : PHAROS est une plateforme de signalement et non de recouvrement — elle ne récupère pas votre argent et ne remplace pas une plainte.
5. Signalez le compte au réseau social
Prévenez les administrateurs du groupe, afin d’éviter que d’autres familles soient visées.
Comment se protéger sans se couper de ces communautés
Ces groupes rendent un vrai service : il ne s’agit pas de les fuir, mais de les fréquenter avec quelques réflexes.
- Ne versez jamais d’argent à un particulier rencontré en ligne, quel que soit le motif invoqué.
- Ne donnez pas le nom complet de votre proche, son numéro d’écrou ni son établissement dans un post public. Ces informations permettent à un escroc de paraître crédible.
- Ne transmettez jamais vos coordonnées bancaires ni de copie de vos pièces d’identité.
- Vérifiez l’ancienneté des profils qui vous contactent : un compte créé récemment, avec peu de photos et peu d’amis en commun, doit alerter.
- Parlez-en dans le groupe. Les administrateurs connaissent souvent les profils signalés et pourront confirmer vos doutes.
- Prenez le temps. L’urgence est l’outil principal de l’escroc. Aucune situation réelle n’exige un virement dans l’heure à un inconnu.
Pourquoi les proches de détenus sont particulièrement visés ?
Les familles de personnes incarcérées réunissent, du point de vue d’un escroc, plusieurs facteurs de vulnérabilité. Elles font face à une situation qu’elles n’ont pas anticipée, dans un système dont elles ignorent les règles. L’information officielle est difficile d’accès et les interlocuteurs institutionnels rares. S’y ajoute une forte charge émotionnelle (culpabilité, inquiétude pour la sécurité du proche) et un isolement social lié à la honte, qui empêche de demander conseil autour de soi.
Cette honte explique aussi que les arnaques restent largement sous-déclarées. Beaucoup de victimes ne portent jamais plainte, par crainte d’être jugées ou de devoir expliquer la situation pénale de leur proche.
Il faut le dire clairement : être trompé dans ces circonstances n’a rien de honteux et porter plainte contribue à protéger les autres familles.
Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin
Questions fréquentes concernant les arnaques qui touchent les proches de détenus
Quelles sont les arnaques les plus fréquentes rencontrées par les proches de détenus ?
Les arnaques les plus fréquentes rencontrées par les proches de détenus sur les réseaux sociaux sont celles qui visent à promettre à la victime des services rendus en détention à leur proche incarcéré. Les escrocs l’ont bien compris, les proches de détenus sont prêts à payer le prix fort pour savoir un être cher en sécurité ou bénéficier d’un confort supplémentaire en prison.
Quelles sont les conséquences de telles arnaques pour les proches de détenus ?
Les proches de détenus accompagnent souvent financièrement leur proche incarcéré, en alimentant leur pécule de manière régulière. Soutenir un proche en prison représente un budget conséquent et être victime en plus d’escrocs sur les réseaux sociaux peut rapidement impacter les finances des membres de la famille de la personne écrouée. En prime, la honte et l’isolement sont encore plus présents après une telle épreuve.
Un détenu peut-il vraiment obtenir un téléphone portable contre paiement ?
Non, et toute personne qui vous le propose commet une infraction. La détention d’un téléphone portable en établissement pénitentiaire est interdite : l’appareil est confisqué et le détenu s’expose à une sanction disciplinaire. Payer un inconnu pour cela revient à financer une infraction sans aucune garantie. Pour joindre votre proche, la seule voie légale est le téléphone de l’établissement, via une autorisation d’appel.
Comment vérifier qu'un avocat qui me contacte est bien avocat ?
Consultez gratuitement l’annuaire officiel du Conseil national des barreaux, qui recense tous les avocats inscrits en France. Un avocat réel ne démarche pas les familles en message privé sur les réseaux sociaux : la sollicitation directe d’une personne en situation de détresse est contraire aux règles déontologiques de la profession.
Puis-je récupérer l'argent envoyé par coupon prépayé PCS ou Transcash ?
En pratique, c’est très difficile. Ces coupons sont conçus pour être anonymes et transférables : une fois le code communiqué, les fonds sont immédiatement utilisables et généralement retirés en quelques minutes. C’est précisément pour cela que les escrocs les privilégient. Contactez malgré tout l’émetteur du coupon au plus vite et portez plainte : votre plainte peut se rattacher à un dossier plus large visant le même réseau.
Faut-il quitter les groupes Facebook de proches de détenus ?
Non. Ces communautés apportent un soutien réel à des personnes qui n’ont souvent personne d’autre à qui parler, et permettent de partager des informations pratiques difficiles à trouver ailleurs. Le risque ne vient pas du groupe lui-même, mais des messages privés qui en découlent. Restez dans les échanges publics, où la communauté peut alerter en cas de comportement suspect.