Maison d’arrêt de Nîmes : une plainte inédite pour conditions de détention indignes

dépot de plainte contre maison arrêt Nîmes

C’est une action judiciaire inédite en France. Ce vendredi 10 juillet 2026, au moins 115 détenus et anciens détenus de la maison d’arrêt de Nîmes vont déposer plainte contre le ministre de la Justice devant la Cour de justice de la République, pour non-assistance à personne en danger. En parallèle, un recours administratif est engagé pour faire reconnaître la responsabilité de l’État. Derrière ces procédures, il y a des hommes incarcérés dans des conditions extrêmes : mais il y a aussi, et on l’oublie trop souvent, des familles. Des mères, des compagnes, des enfants qui vivent chaque parloir avec l’angoisse de retrouver un proche affaibli, épuisé, parfois en détresse.

Ce que dénoncent les détenus de Nîmes

La maison d’arrêt de Nîmes est l’un des établissements les plus surpeuplés de France. Sa capacité théorique est d’environ 340 places : elle accueille aujourd’hui près de 780 personnes détenues, soit plus du double. Concrètement, cela signifie des cellules de 9 m² occupées par trois détenus, avec moins d’un mètre carré d’espace vital par personne.

Dans le manifeste signé par une centaine de détenus et transmis à leur avocate, Me Khadija Aoudia, ancienne bâtonnière du barreau de Nîmes, les plaignants décrivent un quotidien marqué par :

  • une chaleur écrasante, aggravée par la canicule, avec une température ressentie approchant par moments les 50 °C en cellule ;
  • l’humidité et les moisissures ;
  • la présence de punaises de lit, de cafards et de rats ;
  • des repas qu’il faut protéger de la vermine avant même de pouvoir les manger ;
  • un accès aux douches et aux soins très difficile ;
  • presque aucune activité permettant de préparer la réinsertion.

Parmi les plaignants figure aussi la mère d’un jeune détenu qui s’est suicidé en cellule en avril 2025. Elle affirme que son fils, fragile psychologiquement, l’alertait régulièrement sur ses conditions de détention. Son témoignage rappelle une réalité douloureuse : quand la détention devient inhumaine, ce sont aussi les familles qui en paient le prix, parfois le plus lourd.

Une double procédure, du jamais-vu

Deux actions vont être menées de front. La première, pénale, vise le ministre de la Justice devant la Cour de justice de la République : c’est une première pour des conditions de détention. Le dépôt de la plainte est annoncé pour ce vendredi 10 juillet, et les avocats s’attendent à ce que des dizaines d’autres détenus rejoignent encore la procédure. La seconde, administrative, est portée par Me Arnaud Lemoine : une demande préalable est adressée au ministère de la Justice, qui dispose de deux mois pour répondre.

Sans réponse satisfaisante, le tribunal administratif sera saisi. Et si ces recours n’aboutissent pas, les avocats annoncent déjà qu’ils saisiront la Cour européenne des droits de l’homme, qui a d’ailleurs déjà condamné la France en 2020 pour ses conditions de détention indignes.

Les plaignants le rappellent avec des mots simples : ils ont été condamnés à une peine de prison, pas à vivre dans l’indignité.

Du côté des familles : notre soutien

Chez Annuaire-Prisons, nous accompagnons chaque jour des familles de personnes incarcérées, notamment à la maison d’arrêt de Nîmes. Et nous le constatons : les conditions de détention pèsent directement sur les proches. Un parloir dans un établissement saturé, c’est plus d’attente, plus de tension, moins de temps de qualité avec la personne détenue. C’est aussi une inquiétude permanente entre deux visites.

Nous apportons donc tout notre soutien aux familles concernées par cette procédure. Dénoncer des conditions de détention indignes, ce n’est pas remettre en cause la sanction pénale : c’est simplement rappeler que la dignité humaine ne s’arrête pas aux portes de la prison.

Permis de visite à Nîmes : une difficulté que nous constatons régulièrement

Puisque nous parlons de la maison d’arrêt de Nîmes, nous souhaitons évoquer une difficulté concrète que nous rencontrons régulièrement dans l’accompagnement des familles et qui, sans être comparable aux conditions de détention dénoncées ci-dessus, complique elle aussi le maintien des liens familiaux.

La maison d’arrêt de Nîmes demande désormais que les dossiers de permis de visite soient déposés exclusivement en ligne, via le portail officiel penitentiaire.justice.fr, qui nécessite une connexion FranceConnect. Nous avons contacté l’établissement par téléphone, qui nous a confirmé ce fonctionnement. Cette dématérialisation part sans doute d’une bonne intention : simplifier et accélérer le traitement des demandes, mais dans la pratique, elle laisse certaines familles au bord du chemin :

  • les personnes âgées qui n’ont pas d’accès à internet ou ne sont pas à l’aise avec les démarches en ligne ;
  • les personnes sans compte FranceConnect (pas d’identifiants impots.gouv.fr, Ameli ou La Poste utilisables) ;
  • les familles résidant à l’étranger, qui ne peuvent tout simplement pas créer d’identité FranceConnect et se retrouvent bloquées, sans alternative claire pour demander un permis de visite.

Résultat : des proches qui souhaitent simplement rendre visite à un détenu se retrouvent parfois dans une impasse administrative, alors même que le maintien des liens familiaux est reconnu comme un facteur essentiel de réinsertion. Nous espérons qu’une solution alternative (dépôt papier) restera toujours possible pour ces situations particulières.

Si vous êtes dans ce cas, notre équipe peut vous accompagner dans vos démarches : retrouvez toutes les informations pratiques sur notre page dédiée à la maison d’arrêt de Nîmes (adresse, horaires de parloir, permis de visite, envoi d’argent et de courrier).

Article publié le 9 juillet 2026. Sources : France Inter / franceinfo, Midi Libre, Objectif Gard.

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Pauline Couley

Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin