Permis de visite suspendu : que faire pour retourner au parloir ?

En tant que proche de détenu, vous pouvez être confronté à la suspension de votre permis de visite, vous privant momentanément de l’accès au parloir. Pour diverses raisons, les autorités peuvent lever provisoirement le droit de visite. Dès lors, des démarches sont nécessaires pour retourner au parloir.

Vous venez de recevoir un courrier de suspension ? Si la lettre mentionne une procédure contradictoire, vous disposez de 10 jours à compter de sa réception pour envoyer vos observations. C’est à ce stade, avant la décision définitive, que votre courrier a le plus de poids.

suspension permis de visite
Sommaire

Permis de visite suspendu : combien de temps dure la suspension ?

La durée de votre suspension figure sur le courrier que vous avez reçu. C'est la seule source fiable : aucune durée maximale n'est fixée par les textes, et il n'existe pas de barème. Le chef d'établissement, ou le magistrat saisi du dossier lorsque votre proche est prévenu, la détermine librement selon la gravité des faits.

En pratique, les suspensions notifiées aux proches de détenus s'échelonnent de quelques semaines à plusieurs mois, et peuvent atteindre un an lorsque les faits reprochés sont graves. Mais cette fourchette ne vous dira rien de votre situation : seul votre courrier fait foi.

Ce que votre courrier indique, et ce que cela signifie

Une date de fin ou une durée précise

Votre permis redevient valable automatiquement à cette échéance, sans aucune démarche de votre part. Vous n'avez pas à redemander un permis de visite, ni à renvoyer un dossier. L'établissement est notifié de plein droit et vous pouvez réserver un créneau dès le lendemain de la date indiquée.

Une « suspension à titre conservatoire », sans date de fin

Aucune durée n'est encore fixée, parce qu'aucune décision définitive n'a été prise. Il s'agit d'une mesure d'attente pendant la procédure contradictoire. La durée réelle ne sera connue qu'à réception de la décision finale, qui interviendra après l'expiration de votre délai d'observations. C'est précisément la période où vous pouvez peser sur cette durée.

Le mot « retrait » et non « suspension »

La mesure est définitive et aucune reprise automatique n'est prévue. La question de la durée ne se pose pas dans les mêmes termes : seul un recours abouti peut vous rendre votre droit de visite.

Si votre courrier ne mentionne ni durée, ni date de fin, ni procédure contradictoire, demandez cette précision par écrit à l'établissement. Une décision individuelle défavorable doit énoncer les considérations de droit et de fait qui la fondent ; une durée indéterminée sans justification est contestable, la mesure devant rester proportionnée aux faits reprochés.

La suspension s'étend à l'ensemble de vos droits de visite : pendant toute sa durée, vous ne pouvez accéder ni au parloir ordinaire, ni à une unité de vie familiale, ni à un salon familial. Un permis de visite délivré à un enfant mineur peut être suspendu dans les mêmes conditions.

Dans quelles situations un permis de visite peut-il être suspendu ?

Face aux lourdes formalités administratives requises pour obtenir la délivrance d’un permis de visite, les proches de détenus ont tendance à penser que ce laissez-passer qui ouvre les portes du parloir est valable définitivement.

Or, certaines situations peuvent donner lieu à une suspension, voire à un retrait du permis de visite. Cela signifie que son titulaire ne peut plus visiter son proche en prison pour une durée déterminée, voire jusqu’à l’issue de sa période de condamnation.

Suspension du droit d’accès au parloir après un incident

La plupart du temps, la décision de suspendre un permis de visite intervient après un incident au parloir. Une dispute avec un détenu, un rapport sexuel détecté par un surveillant pénitentiaire, des violences ou encore des objets interdits apportés à votre proche peuvent donner lieu à une telle sanction. Si vous êtes pris la main dans le sac en train de frauder lors d’un parloir, il y a fort à parier qu’une notification de suspension du droit de visite vous sera adressée dans les jours à venir.

Suspension du droit de visite des prévenus pour des raisons liées à l’affaire

Les prévenus concernés par une enquête peuvent eux aussi être momentanément privés de visite, notamment lorsque le proche qui détient un permis peut interférer dans l’affaire. Pour éviter tout risque de voir une personne extérieure informer ou menacer la personne placée en détention, les magistrats peuvent non seulement interdire formellement les visites, mais aussi suspendre momentanément les permis délivrés à des proches un peu trop liés à l’affaire en cours.

Suspension du permis de visite pour prévenir les infractions

Pour prévenir les risques d’infractions, les autorités peuvent suspendre le permis de visite des proches de détenus suspectés de :

  • Prévoir une évasion ;
  • Apporter des objets interdits aux détenus ou déclencher trop fréquemment le portique de sécurité ;
  • Apporter de la drogue au parloir ;
  • Ne pas respecter les règles de l’établissement pénitentiaire.

Pour cela, ces dernières doivent toutefois disposer d’éléments assez importants, car si les preuves manquent, le titulaire du permis de visite peut rapidement entamer un recours susceptible de donner lieu à la restitution du droit d’accès au parloir.

Le motif « atteinte à la réinsertion » ne s’applique pas à la famille

C'est une distinction que la plupart des sites ignorent, et elle peut faire annuler une décision. L'article L. 341-5 du Code pénitentiaire ne traite pas les visiteurs de la même façon selon leur lien avec la personne détenue.

Si vous êtes membre de la famille d'un condamné, l'administration ne peut refuser, suspendre ou retirer votre permis de visite que pour trois motifs : le maintien du bon ordre, la sécurité, ou la prévention des infractions. Le fait que vos visites nuiraient à la réinsertion de votre proche ne figure pas parmi eux.

Si vous n'êtes pas membre de la famille — ami, connaissance, soutien extérieur —, l'administration dispose d'un motif supplémentaire : elle peut suspendre votre permis s'il apparaît que vos visites font obstacle à la réinsertion du condamné. C'est le cas, par exemple, lorsqu'une personne incarcérée se montre durablement déstabilisée après chaque parloir avec le même visiteur.

La conséquence pratique est directe : si vous êtes conjoint, parent, enfant ou frère et sœur de la personne détenue, et que le courrier de suspension retient uniquement l'atteinte à la réinsertion, la décision repose sur un motif que le texte ne permet pas de vous opposer. C'est une erreur de droit, et l'un des arguments les plus solides à faire valoir dans vos observations ou votre recours.

Le texte ne définit pas précisément la notion de « membre de la famille ». En pratique, l'administration retient le conjoint, le partenaire de PACS, le concubin justifiant d'une vie commune, les ascendants, descendants, frères et sœurs. Un lien plus éloigné peut être discuté : conservez tout justificatif attestant de votre lien familial.

Suspension de parloir pour stupéfiants : ce que vous risquez

Une découverte de stupéfiants au parloir n'entraîne pas une seule sanction, mais trois procédures distinctes qui se déclenchent en parallèle : une mesure administrative sur votre permis de visite, une procédure disciplinaire contre la personne détenue, et le plus souvent des poursuites pénales contre vous. Elles obéissent à des règles différentes et se jugent devant des autorités différentes.

Ce qui se passe dans les heures qui suivent

Votre permis de visite est suspendu à titre conservatoire, immédiatement et sans attendre la moindre décision définitive. L'accès au parloir vous est refusé le jour même. L'établissement rédige un compte rendu d'incident et, dans la quasi-totalité des cas, signale les faits au procureur de la République. Vous recevez ensuite un courrier ouvrant la procédure contradictoire.

Ce que vous risquez sur le plan pénal

Deux qualifications peuvent être retenues, et le choix entre elles dépend des faits établis :

  • La remise irrégulière d'objets ou substances à une personne détenue (article 434-35 du Code pénal), punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. C'est l'infraction générale, qui vise n'importe quel objet non autorisé.
  • La cession ou l'offre de stupéfiants en vue de la consommation personnelle (article 222-39 du Code pénal), punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Les peines encourues sont plus lourdes encore si les faits relèvent du trafic.

Ces peines sont des maximums encourus, rarement prononcés en totalité pour un fait isolé. Mais l'écart entre les deux qualifications est considérable, et c'est précisément sur ce terrain qu'un avocat peut intervenir utilement.

Ce que risque votre proche détenu

La personne incarcérée fait l'objet d'une procédure disciplinaire distincte, menée par la commission de discipline de l'établissement. Elle peut aboutir à un placement en quartier disciplinaire, à une restriction d'activités ou à un retrait de réductions de peine. Elle peut également être poursuivie pénalement. Votre sanction et la sienne sont indépendantes : obtenir la levée de votre suspension ne fait pas disparaître la sienne, et inversement.

Avant d'écrire quoi que ce soit à l'administration

Dans un dossier de stupéfiants, vos observations écrites au chef d'établissement peuvent être versées à la procédure pénale.

Consultez un avocat avant de répondre, y compris à vos frais : l'aide juridictionnelle ne couvre pas la procédure administrative, mais elle peut vous être accordée pour la procédure pénale selon vos ressources. Si le délai d'observations expire avant que vous ayez pu le consulter, écrivez pour demander un report ou pour solliciter la communication de votre dossier, sans vous prononcer sur les faits.

Combien de temps dure la suspension dans ce cas ?

Aucun barème n'existe et les faits liés aux stupéfiants figurent parmi les plus sévèrement appréciés. Dans ces dossiers, l'administration prononce fréquemment un retrait plutôt qu'une suspension : relisez attentivement le terme employé dans votre courrier, car la procédure et vos chances de retour au parloir n'ont rien de comparable.

Parloir suspendu

Qui sont les proches de détenus susceptibles de voir leur permis de visite être suspendu ?

Tous les proches de détenus sont susceptibles de voir leur permis de visite être suspendu, dès lors qu’ils sont concernés par l’une des situations présentées ci-dessus. Contrairement au retrait du permis de visite, qui a un caractère définitif, la suspension n’est que provisoire et donne espoir aux membres de la famille d’une personne écrouée de pouvoir le retrouver rapidement.

Si vous êtes concerné, pour éviter de mettre votre proche incarcéré en difficulté, nous vous conseillons de confier le linge du détenu à un autre titulaire d’un permis de visite et d’entamer un recours pour protéger vos intérêts et les siens.

Comment est-on informé du fait que notre permis de visite est suspendu ?

Après un incident lié au fait que vous ayez apporté des objets interdits au parloir, ou suite aux choix des magistrats, la suspension du permis de visite est notifiée à son titulaire dans les jours qui suivent. Voici comment la justice vous informe du fait que vous ne pouvez momentanément plus accéder au parloir pour visiter votre proche.

Des proches de détenus notifiés par courrier

Lorsque vous êtes concerné par la suspension de votre droit de visite, c’est généralement par courrier que vous êtes notifié de cette décision. Vous recevez effectivement une lettre de l’administration qui vous informe de la durée de la sanction, mais également des raisons qui motivent la décision. Une proposition de recueillement de votre avis sur la situation est jointe au pli.

La possibilité d’entamer un recours pour protéger son droit de visite

Pour protéger votre droit de visite, vous pouvez non seulement indiquer votre version des faits concernant cette suspension (notamment si elle vous paraît abusive) et demander à recevoir une copie du compte rendu d’incident rédigé par un surveillant si la suspension est due à un incident survenu au parloir.

Notez que lorsque la suspension concerne un détenu condamné, elle peut être décidée « à titre conservatoire » en attendant la procédure contradictoire qui vous permet de faire valoir vos droits.

Exemple de lettre de suspension du permis de visite en prison

Lorsqu’une infraction au règlement intérieur est constatée, l’administration pénitentiaire peut décider de suspendre à titre conservatoire le droit de visite. Cette décision s’inscrit souvent dans le cadre d’une procédure contradictoire, durant laquelle la personne concernée peut faire valoir ses observations. Voici un extrait d’un exemple de lettre envoyée par un établissement pénitentiaire, à une mère de détenu ayant apporté un paquet de cigarettes au parloir.

Objet : Suspension à titre conservatoire du permis de visite – Mise en œuvre de la procédure contradictoire

Une opération pilotée par Monsieur le Procureur de la République, en collaboration avec la Police nationale, a mis en évidence que vous n’avez pas respecté le règlement intérieur de l’établissement.

De ce fait, l’accès au parloir vous a été refusé.

Ce fait est constitutif d’une atteinte au bon ordre, à la sécurité, à la prévention des infractions ou à la réinsertion de la personne détenue.

J’envisage donc de suspendre ou de retirer votre permis de visite.

Dans l’attente de ma décision, votre permis de visite est suspendu à titre conservatoire à compter de ce jour.

Dans le cadre de cette procédure contradictoire, vous avez la possibilité de vous faire représenter par un mandataire de votre choix ou par un avocat. L’aide juridictionnelle n’est pas applicable dans cette procédure.

En outre, vous pouvez demander à consulter votre dossier, sous réserve des pièces qui ne sont pas communicables en raison des risques d’atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes, conformément aux dispositions de l’article L.311-5 du Code des relations entre le public et l’administration.

À compter de la réception de ce courrier, vous disposez d’un délai de 10 jours pour :

  • faire part de vos observations par écrit,
  • et/ou demander la consultation de votre dossier.

Passé ce délai, et en l’absence de réponse de votre part, je considérerai que vous renoncez à exercer ces droits.

Directeur de l’Etablissement pénitentiaire

femme triste car son permis de visite en prison est suspendu

Modèle de lettre de contestation d’une suspension de permis de visite

Quel courrier envoyer selon votre situation

Votre courrier mentionne…Le courrier à envoyerDélai
Une suspension à titre conservatoire et une procédure contradictoire Le modèle d'observations ci-dessus 10 jours à compter de la réception
Une suspension définitive avec une date de fin, votre proche étant condamné Recours gracieux ou hiérarchique 2 mois à compter de la notification
Une décision du juge d'instruction ou du procureur, votre proche étant prévenu Saisine du président de la chambre de l'instruction Aucun délai imposé, il statue sous 5 jours

[Nom, Prénom]
[Adresse complète]
[Téléphone]
[Adresse e-mail]

Monsieur le Directeur / Madame la Directrice
[Nom de l'établissement pénitentiaire]
[Adresse de l'établissement]

À [ville], le [date]

Lettre recommandée avec accusé de réception

Objet : observations dans le cadre de la procédure contradictoire — suspension à titre conservatoire de mon permis de visite

Madame, Monsieur,

J'ai bien reçu votre courrier du [date du courrier] m'informant de la suspension à titre conservatoire de mon permis de visite concernant M./Mme [nom et prénom de la personne détenue], écroué(e) au sein de votre établissement sous le numéro [numéro d'écrou].

Conformément à la faculté qui m'est ouverte dans le cadre de la procédure contradictoire, je souhaite porter à votre connaissance les observations suivantes.

Sur les faits qui me sont reprochés

[Choisissez la formulation correspondant à votre situation.]

— Si les faits sont exacts : Je ne conteste pas la matérialité des faits survenus le [date]. Je mesure aujourd'hui la portée de mon geste et le manquement au règlement intérieur qu'il constitue. [Précisez les circonstances : méconnaissance de la règle, geste isolé, contexte particulier.] Je tiens à vous assurer qu'il s'agit d'un fait isolé et que je m'engage sans réserve à respecter scrupuleusement le règlement intérieur de l'établissement à l'avenir.

— Si les faits sont inexacts ou incomplets : Je conteste les faits tels qu'ils m'ont été rapportés. [Exposez précisément votre version, en indiquant date, heure et circonstances.] Je sollicite la communication du compte rendu d'incident afin de pouvoir répondre de manière circonstanciée aux éléments retenus contre moi.

Sur les conséquences de cette mesure

Je me permets d'appeler votre attention sur les éléments suivants :

  • Je suis [le seul / l'un des rares] visiteur(s) de M./Mme [nom], dont l'isolement serait aggravé par une privation durable de visites ;
  • Nos liens familiaux constituent un élément déterminant de son parcours de réinsertion ;
  • [Le cas échéant :] Des enfants mineurs, [prénoms et âges], sont directement affectés par l'interruption de ces visites ;
  • [Le cas échéant :] Je bénéficie d'un permis de visite depuis [durée] sans qu'aucun incident n'ait jamais été relevé à mon encontre.

Ma demande

Au regard de ces éléments, je sollicite la levée de la suspension de mon permis de visite et le rétablissement de mon droit d'accès au parloir.

À titre subsidiaire, si vous estimiez qu'une mesure devait néanmoins être prononcée, je sollicite qu'elle soit limitée dans le temps et proportionnée aux faits reprochés.

Je demande par ailleurs à consulter mon dossier, conformément aux dispositions de l'article L. 311-5 du Code des relations entre le public et l'administration.

Restant à votre disposition pour tout entretien ou complément d'information, je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de ma considération distinguée.

[Signature]
[Nom, Prénom]

Pièces jointes : copie du courrier de suspension — copie de ma pièce d'identité — justificatif de lien avec la personne détenue — [toute pièce utile].

Cinq erreurs à ne pas commettre

  • Dépasser les 10 jours. Passé ce délai, l'administration considère que vous renoncez à faire valoir vos observations.
  • Envoyer en courrier simple. Le recommandé avec accusé de réception est votre seule preuve du respect du délai.
  • Reconnaître des faits que vous n'avez pas commis dans l'espoir d'apaiser la situation. Vos écrits pourront être repris dans la décision finale.
  • Adopter un ton accusateur. Un courrier agressif dessert systématiquement le dossier.
  • Omettre les pièces justificatives : livret de famille, justificatif de domicile, attestations, ordonnance de résidence des enfants.

L'aide juridictionnelle ne s'applique pas à cette procédure, mais vous pouvez vous faire assister d'un avocat ou d'un mandataire de votre choix, à vos frais. Si votre courrier mentionne un retrait et non une suspension, la procédure est différente : consultez nos recours contre le retrait du permis de visite.

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Comment contester une suspension de permis de visite ?

Contester une suspension est possible quel que soit le statut de votre proche incarcéré. Mais l'interlocuteur, la procédure et le délai changent selon qui a pris la décision et selon l'étape à laquelle vous en êtes. Envoyer le bon courrier au bon destinataire est la première condition d'un recours utile.

Étape 1 : Répondre dans le cadre de la procédure contradictoire

Lorsque votre proche est condamné, l'administration suspend d'abord votre permis à titre conservatoire, puis ouvre une procédure contradictoire avant de trancher. Vous recevez un courrier qui expose les faits reprochés et vous invite à présenter vos observations, généralement dans les 10 jours suivant sa réception.

À ce stade, aucune décision définitive n'est prise. Vous pouvez donner votre version des faits, demander la communication du compte rendu d'incident rédigé par le surveillant, et solliciter la consultation de votre dossier au titre de l'article L. 311-5 du Code des relations entre le public et l'administration. C'est le moment où votre parole pèse le plus : utilisez le modèle de lettre d'observations présenté plus haut.

Étape 2 : Former un recours contre la décision définitive

Si la suspension est confirmée, vous disposez de deux mois à compter de la notification pour agir. Trois voies s'offrent à vous, cumulables :

  • Le recours gracieux, adressé au chef d'établissement qui a pris la décision. Utile si vous disposez d'éléments nouveaux.
  • Le recours hiérarchique, adressé au directeur interrégional des services pénitentiaires. Il n'exige pas d'avoir formé un recours gracieux au préalable.
  • Le recours contentieux devant le tribunal administratif, si les précédents n'aboutissent pas.

Former un recours gracieux ou hiérarchique dans le délai de deux mois proroge le délai pour saisir ensuite le tribunal administratif. En l'absence de réponse de l'administration pendant deux mois, son silence vaut décision implicite de rejet, que vous pouvez alors contester devant le juge.

Étape 3 : Saisir le juge des référés en cas d'urgence

Cette voie est méconnue et pourtant décisive lorsque la privation de visites cause un préjudice immédiat. Le référé-liberté (article L. 521-2 du Code de justice administrative) permet au juge de statuer sous 48 heures. Il suppose de démontrer une situation d'urgence et une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale — en l'occurrence le droit de mener une vie familiale normale.

Les éléments qui emportent la conviction du juge : vous êtes le seul visiteur de la personne détenue, des enfants mineurs sont privés de tout contact avec leur parent, ou l'état psychologique de votre proche s'est dégradé depuis l'interruption des visites. Le référé-suspension (article L. 521-1 du même code) constitue une alternative, mais suppose qu'un recours au fond soit déjà engagé.

Le cas particulier des personnes prévenues

Si votre proche est en détention provisoire, la décision émane du juge d'instruction ou du procureur de la République, et non de l'administration pénitentiaire. Le recours se porte devant le président de la chambre de l'instruction, qui statue dans un délai de cinq jours par une décision écrite et motivée, non susceptible de recours (article 145-4 du Code de procédure pénale).

Ce même article prévoit qu'à défaut de réponse du magistrat dans un délai de vingt jours, le président de la chambre de l'instruction peut être saisi directement. Un silence prolongé ne vous laisse donc pas sans solution.

Les arguments qui font annuler une suspension

  • Le caractère disproportionné de la mesure au regard des faits reprochés.
  • L'erreur sur les faits rapportés dans le compte rendu d'incident.
  • Le vice de procédure : absence de courrier préalable, délai d'observations non accordé, refus de communication du dossier.
  • L'incompétence de l'auteur de la décision, notamment lorsque la personne détenue est prévenue et que la mesure a été prise par l'établissement.
  • Le défaut de motivation : toute décision défavorable doit énoncer les considérations de droit et de fait qui la fondent.
  • L'erreur de droit sur le motif retenu, si la décision invoque une atteinte à la réinsertion alors que vous êtes membre de la famille (voir ci-dessous).

Comment retourner au parloir après la suspension de mon permis ?

Une fois la fin de la période de suspension atteinte, inutile de réaliser de nouvelles démarches pour obtenir un permis de visite. Les titulaires du permis retrouvent leur droit d’accès au parloir et peuvent réserver un créneau en ligne, ou en contactant directement le service des parloirs de l’établissement pénitentiaire de leur proche écroué.

Pour retourner au parloir, munissez-vous des documents obligatoires et présentez-vous à l’accueil des familles.

Image de Pauline Couley
Pauline Couley

Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin

Questions fréquentes au sujet de la suspension des permis de visite

Cela dépend de l’étape à laquelle vous vous trouvez, et la confusion est fréquente.

Si votre courrier annonce une suspension à titre conservatoire et l’ouverture d’une procédure contradictoire, le délai indiqué dans la lettre, le plus souvent 10 jours à compter de sa réception, est celui dont vous disposez pour envoyer vos observations. Ce n’est pas un délai de recours : la décision définitive n’est pas encore prise. C’est à ce stade que votre courrier a le plus de poids.

Si la décision définitive a été notifiée et que votre proche est condamné, vous disposez de deux mois à compter de la notification pour former un recours gracieux auprès du chef d’établissement, un recours hiérarchique auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires, ou saisir le tribunal administratif.

Si votre proche est prévenu, la décision relève du magistrat saisi du dossier. Aucun délai ne vous est imposé pour saisir le président de la chambre de l’instruction, qui statue sous cinq jours.

Après la suspension d’un permis de visite, vous ne recevez pas de nouveau permis. L’établissement pénitentiaire est automatiquement notifié du fait que vous retrouvez l’accès au parloir et vous pouvez donc réserver à nouveau un créneau pour rendre visite à votre proche détenu en passant par les mêmes formalités qu’autrefois.

Par téléphone ou en ligne, sélectionnez le jour et l’heure à laquelle vous souhaitez voir votre proche sans avoir à repasser par une demande de permis.

Vous pouvez tout à fait être accompagné par un avocat dans vos démarches pour récupérer votre permis de visite. Notez toutefois que la procédure ne permet pas une prise en charge par l’aide juridictionnelle. Les frais engendrés seront donc intégralement à votre charge.

La suspension du permis de visite est toujours provisoire, même si le délai peut être plus ou moins long. Le retrait du droit de visite, quant à lui, a un caractère définitif. Si des recours existent, il est plus difficile de retourner au parloir après un retrait du visa.

Oui, pendant toute la durée de la période de suspension du permis de visite, les titulaires du titre ne peuvent pas accéder à une UVF. Il faudra attendre la restitution du droit d’accès au parloir pour se rendre à nouveau en unité de vie familiale.

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