Bébé en prison : le fonctionnement des nurseries pénitentiaires
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- Date de dernière mise à jour : 25 août 2026
En France, plusieurs dizaines d’enfants en bas âge évoluent chaque année au sein des établissements pénitentiaires. Peu évoqués, les moins de 18 mois incarcérés avec leurs mères détenues existent pourtant. Pour que ces derniers, nés libres, mais derrière les barbelés de la prison, grandissent dans de bonnes conditions, l’administration carcérale a déployé les nurseries pénitentiaires.
Un enfant peut être laissé auprès de sa mère détenue jusqu’à l’âge de dix-huit mois, dans un quartier nurserie aménagé. Ce délai peut être prolongé à titre exceptionnel sur décision du directeur interrégional des services pénitentiaires.
Qu’est-ce qu’une nurserie pénitentiaire ?
En France, les femmes détenues représentent une part de la population carcérale qui ne doit pas être négligée. Si elles évoluent, comme les hommes détenus, dans des maisons d’arrêt et d’autres établissements pénitentiaires dédiés aux longues peines, elles peuvent être transférées provisoirement au sein d’un quartier spécifique typiquement féminin : l’unité nurserie pénitentiaire.
Un quartier dédié aux femmes enceintes et aux jeunes mamans
De plus en plus développés au sein des établissements pénitentiaires, ces quartiers nurserie sont conçus pour accueillir les femmes enceintes, les jeunes mamans et leurs bébés. Dans des conditions plus adaptées qu’en milieu carcéral traditionnel, les femmes détenues peuvent élever ici leur enfant né avant leur incarcération ou pendant leur peine de prison.
Il existe une trentaine d’établissements pénitentiaires dotés de places nurserie. À Rennes, la prison de Fleury-Merogis, Corbas, aux Baumettes, à Nancy et dans la maison d’arrêt de Gradignan, ces unités accueillent plusieurs dizaines de femmes écrouées, ayant eu l’autorisation de la justice pour purger leur peine avec leur bébé.
Quelles sont les femmes détenues accueillies au sein des nurseries pénitentiaires ?
Les nurseries pénitentiaires n’accueillent pas uniquement des mamans accompagnées de leurs enfants. Descriptif des femmes détenues évoluant dans ces unités spécifiques.
Les femmes enceintes et jeunes mamans
Les femmes tombées enceintes juste avant d’être placées en détention et celles attendant un bébé au cours de leur période de condamnation sont, dès le 8e mois de leur grossesse, éligibles à un placement en unité nurserie si la justice leur accorde ce droit.
Après une demande faite au juge, ces femmes peuvent être orientées vers ce quartier pour vivre plus sereinement leur dernier mois de grossesse et bénéficier d’un accompagnement pour mieux se préparer à l’arrivée de bébé en prison.
Les jeunes mères peuvent aussi être orientées vers ce quartier par l’administration.
L’enfant ne peut être accueilli par un autre parent à l’extérieur
Si les femmes incarcérées privilégient généralement le soutien de leur proche famille et préfèrent confier leur nourrisson au père, grands-parents, oncles et tantes plutôt que d’évoluer avec un bébé en prison, il arrive qu’aucun proche ne soit disponible à l’extérieur pour accueillir l’enfant.
Pour éviter un placement en famille d’accueil susceptible de rompre un lien mère-enfant important, ou ne pas contraindre ses proches à élever un enfant, certaines femmes préfèrent demander un transfert dans une nurserie pénitentiaire pour élever leur bébé.
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À quoi ressemble le quotidien en nurserie ?
Loin d’être équipées comme les autres quartiers des établissements pénitentiaires, les unités nurseries disposent de certaines spécificités. Voici les services offerts aux jeunes mères incarcérées et aux enfants évoluant, malgré eux, en détention.
Les cellules des nurseries adaptées à la présence de bébés
Le quartier nurserie dispose de cellules aménagées. Pour que le nouveau-né soit accueilli dans de bonnes conditions, un berceau, une commode, une table à langer et une salle d’eau plus spacieuse sont mis à disposition des jeunes mamans. Un lavabo spacieux leur permet également de prendre quotidiennement le bain de leur enfant en bas âge.
Il faut savoir que dans les cellules ordinaires, des autorisations spécifiques doivent être obtenues par les détenus pour bénéficier d’appareil médical.
Les missions des nurseries pénitentiaires
Loin d’être uniquement un quartier dédié à l’accueil des mères détenues et de leur jeune enfant, l’unité nurserie pénitentiaire propose des services spécifiques aux nouvelles mères et assure le suivi médico-social de l’enfant. Tout est mis en œuvre par l’administration carcérale pour que l’enfant accueilli ne ressente ni culpabilité, ni enfermement, ni choc carcéral. Tous les bébés, contrairement à leurs mères, sont libres.
Les nurseries pénitentiaires assurent dans un premier temps le suivi médical des femmes enceintes ainsi que les accouchements pendant une période de détention. Lorsque les premières contractions se font ressentir, les agents pénitentiaires assurent le transfert de la détenue vers l’hôpital le plus proche où elle pourra, sous escorte policière, accoucher.
Une cour de promenade
Pour que les enfants puissent se dépenser, une cour de promenade spécialement aménagée est mise à leur disposition dans l’unité nurserie. Ici, les enfants peuvent courir, jouer et même évoluer avec d’autres enfants de femmes détenues pour profiter d’un peu de normalité malgré la situation.
Une salle commune pour jouer
Une salle commune, similaire aux crèches, équipée de jouets, d’articles de puériculture et de jeux, est également présente au sein de ce quartier. Ici, les enfants peuvent se familiariser avec la vie en collectivité, jouer avec d’autres petits tandis que les femmes détenues peuvent échanger avec d’autres mamans. Cela permet de faire le plein de conseils bienveillants, de partager leurs expériences de parent en détention et d’oublier un peu la situation.
Une cuisine collective pour préparer les repas des bébés
Une cuisine collective est également déployée dans l’unité nurserie. Celle-ci permet aux femmes écrouées de concocter des recettes à leurs bébés. Ici, les mamans élaborent des plats grâce à des légumes et viandes cantinées pour que leur enfant en bas âge puisse profiter de menus variés et équilibrés.
Partagé entre les mères condamnées, ce lieu est propice au partage, à l’échange et aux conseils culinaires.
L’intervention de la PMI pour maintenir lien mère-enfant pendant la détention
Tout au long de la période où un bébé évolue en prison, les visites régulières de la protection maternelle infantile permettent de veiller à ce que son bien-être soit respecté. Lors d’entretiens collectifs ou individuels avec les mères écrouées, la PMI peut conseiller, soutenir et aider les femmes vivant mal la maternité en détention. Celles-ci subissent parfois un baby blues difficile ou souhaitent simplement être épaulées dans leur nouveau rôle de mère.
Il convient de noter que les jeunes mamans incarcérées peuvent aussi compter sur le soutien du SMPR en cas de difficultés rencontrées pour élever leur enfant en prison.
Jusqu’à quel âge un enfant peut-il rester auprès de sa mère en prison ?
Un enfant peut être laissé auprès de sa mère détenue jusqu’à l’âge de dix-huit mois. Cette limite est fixée par l’article D. 216-22 du code pénitentiaire. Elle peut être reculée, à la demande de la mère, sur décision du directeur interrégional des services pénitentiaires après avis d’une commission consultative. Au-delà, l’enfant quitte l’établissement mais peut encore y séjourner par courtes périodes pendant douze mois.
Ce que prévoit le code pénitentiaire
Les règles applicables aux mères détenues vivant avec leur jeune enfant figurent aux articles D. 216-21 à D. 216-24 du code pénitentiaire, issus du décret du 30 mars 2022 et modifiés par le décret du 16 novembre 2023.
Trois principes en découlent. D’abord, l’accueil de l’enfant est un droit ouvert à la mère, pas une faveur : le texte prévoit que les enfants « peuvent être laissés » auprès de leur mère, sans conditionner cette possibilité à une évaluation préalable de ses capacités éducatives. Ensuite, des locaux spécialement aménagés doivent être réservés à cet accueil. Enfin, les femmes enceintes et celles qui ont gardé leur enfant auprès d’elles bénéficient de conditions de détention appropriées.
Ce cadre concerne aussi bien les femmes condamnées que les femmes prévenues, en détention provisoire dans l’attente de leur jugement.
| Décision | Autorité compétente | Base légale |
|---|---|---|
| Garder son enfant auprès de soi jusqu'à 18 mois | Choix de la mère, mis en œuvre par l'établissement | Article D. 216-22 |
| Transfert d'une femme condamnée vers un établissement doté d'une nurserie | Décision d'affectation de l'administration pénitentiaire (chef d'établissement ou direction interrégionale selon les cas) | Règles générales d'affectation |
| Transfert d'une femme prévenue vers un établissement doté d'une nurserie | Accord préalable du magistrat chargé du dossier de la procédure | Article D. 216-22 |
| Prolongation du séjour au-delà de 18 mois | Directeur interrégional des services pénitentiaires, après avis d'une commission consultative | Article D. 216-23 |
| Séjours de courte durée après le départ de l'enfant | Chef d'établissement | Article D. 216-22 |
| Sortie de la mère pour accompagner son enfant recevant des soins urgents | Extraction à la demande de la mère ; information du magistrat si elle est prévenue | Article D. 216-22 |
Demander une prolongation au-delà de 18 mois
La demande émane de la mère. Elle est formulée par écrit et transmise au directeur interrégional des services pénitentiaires, généralement par l’intermédiaire du conseiller pénitentiaire d’insertion et de probation (CPIP).
Le DISP ne statue qu’après avis d’une commission consultative. Avant de rendre son avis, la commission entend la mère ou son avocat, ainsi que, dans la mesure du possible, tout autre titulaire de l’exercice de l’autorité parentale ou son avocat. Le père de l’enfant, s’il exerce l’autorité parentale, a donc vocation à être entendu.
En pratique, les prolongations restent exceptionnelles et dépassent rarement six mois. Elles sont accordées principalement dans deux situations : lorsque la libération de la mère doit intervenir peu après les dix-huit mois de l’enfant ou lorsqu’une difficulté imprévue empêche temporairement l’accueil de l’enfant à l’extérieur.
Préparer la séparation et maintenir le lien après le départ
L’organisation du séjour de l’enfant, de ses sorties à l’extérieur et, le cas échéant, de sa séparation d’avec sa mère relève du service pénitentiaire d’insertion et de probation, en liaison avec les services compétents en matière d’enfance et de famille et avec les titulaires de l’autorité parentale. La séparation doit être préparée au mieux de l’intérêt de l’enfant et non subie brutalement à la date anniversaire.
L’enfant est confié en priorité à l’autre titulaire de l’autorité parentale, le plus souvent le père, puis à un membre de la famille, et en dernier recours à une famille d’accueil dans le cadre d’une mesure d’aide sociale à l’enfance.
Après son départ, l’enfant peut être admis à séjourner auprès de sa mère pour de courtes périodes durant les douze mois qui suivent, sur décision du chef d’établissement. Passé ce délai, les relations se poursuivent selon le régime ordinaire des parloirs et des unités de vie familiale.
Si l’enfant a besoin de soins urgents
Lorsque l’enfant doit recevoir des soins urgents dans un établissement de santé, la mère peut être extraite pour l’accompagner. Cette extraction intervient à sa demande, sous réserve des contraintes inhérentes à la détention, du maintien de la sécurité et du bon ordre de l’établissement et de la protection de l’intérêt des victimes. Si la mère est prévenue, le magistrat chargé du dossier en est informé.
Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin
Question fréquente
Peut-on faire garder son enfant lorsqu’on est détenue dans une nurserie pénitentiaire ?
En prison, les femmes détenues sont parfois contraintes de s’absenter pour être présentées à la justice lors d’une audience ou consulter un médecin. Pour qu’elles puissent répondre à leurs obligations ou se soigner, ces dernières peuvent parfois bénéficier d’un créneau à la halte-garderie lorsque la prison propose un tel service ou alors compter sur leur codétenue pour garder l’enfant.