Internet en prison
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- Date de dernière mise à jour : 20 juillet 2026
En France, aucune loi n’interdit formellement l’accès à Internet aux personnes détenues, mais dans les faits, l’administration pénitentiaire le prohibe pour des raisons de sécurité : un détenu ne peut ni se connecter au web, ni envoyer d’e-mail, ni recevoir de message en ligne. Cette interdiction plonge des dizaines de milliers de personnes dans une profonde fracture numérique, au moment où la quasi-totalité des démarches du quotidien se font en ligne.
Pourtant, les lignes bougent. D’un côté, l’État a déployé depuis 2023 des tablettes numériques en cellule, non sans polémique. De l’autre, certains détenus contournent l’interdit grâce à des smartphones clandestins, allant jusqu’à devenir de véritables influenceurs suivis par des milliers d’internautes. Ce qu’il faut savoir sur l’utilisation d’Internet en prison en 2026 : ce que dit la loi, comment communiquer avec un proche incarcéré et où en sont les tablettes NED.
Que dit la loi sur l’utilisation d’Internet en prison ?
C’est le point le plus contre-intuitif du sujet : aucune loi française n’interdit formellement aux personnes détenues d’accéder à Internet. L’interdiction qui s’applique aujourd’hui dans les établissements pénitentiaires ne repose donc pas sur un texte voté par le Parlement, mais sur une série de notes et circulaires administratives : une base juridique jugée fragile par de nombreux observateurs, à commencer par le Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL).
Une interdiction posée par voie administrative, pas par la loi
Le principe d’interdit trouve son origine dans une note du 21 mai 2004, intitulée « Interdiction faite aux détenus d’accéder à Internet et à tout système d’information extérieur ». Ce principe a ensuite été confirmé par la circulaire du 13 octobre 2009 relative à l’accès à l’informatique pour les personnes placées sous main de justice.
Deux textes réglementaires sont venus le compléter et l’inscrire durablement dans le droit pénitentiaire :
- le décret du 23 décembre 2010 autorise les détenus à utiliser des équipements informatiques, mais uniquement « non connectés à des réseaux extérieurs » ;
- le décret du 30 avril 2013, qui reprend cette même règle, aujourd’hui codifiée à l’article R.57-6-18 du code pénitentiaire.
Autrement dit, un détenu peut posséder un ordinateur en cellule sous conditions, mais il lui est interdit de le connecter à Internet. L’interdiction n’est cependant pas absolue : la circulaire de 2009 prévoit quelques exceptions encadrées, comme certaines salles d’activité dédiées (espaces Cyber Base) dont la connexion à un réseau externe a été validée par les services de sécurité de l’établissement.
Un droit d’accès à Internet pourtant reconnu comme fondamental
Le paradoxe est réel : alors que l’accès à Internet des détenus repose sur de simples textes administratifs, le droit d’accéder à Internet est, lui, protégé au plus haut niveau. Dans sa décision du 10 juin 2009 relative à la loi Hadopi, le Conseil constitutionnel a rattaché la liberté d’accès à Internet à la liberté d’expression et de communication garantie par la Déclaration des droits de l’homme de 1789. L’ONU a par la suite qualifié l’accès à Internet de droit fondamental.
Cette contradiction nourrit les critiques. Puisque l’interdiction ne découle d’aucune loi, elle pourrait être levée sans passer par le Parlement, par une simple décision de l’administration pénitentiaire. C’est précisément ce que réclame le collectif « Internet en prison ».
Des craintes de sécurité mises en avant par l’administration
Si l’interdiction se maintient malgré ces critiques, c’est au nom de la sécurité. L’administration pénitentiaire redoute qu’un accès libre au web permette à certains détenus de contacter ou intimider leurs victimes, de continuer à gérer des trafics depuis leur cellule ou d’accéder à des contenus faisant l’apologie du crime ou du terrorisme.
Ces craintes sont pourtant régulièrement relativisées, y compris par des syndicats pénitentiaires et des experts en cybersécurité, qui rappellent que plusieurs pays européens dont l’Allemagne, la Suisse ou encore l’Australie ont mis en place des accès à Internet sécurisés et filtrés sans incident majeur. Pour eux, l’obstacle est moins technique que politique.
Démarches pénitentiaires
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Quelles sont les conséquences de l’absence de connexion Internet dans les prisons ?
Si être privé de connexion Internet durant plusieurs mois n’entraîne que très peu de conséquences sur la réinsertion des personnes condamnées à de brèves peines, les détenus privés d’accès au web pendant plusieurs années voire décennies, eux, sont particulièrement lésés.
Une accentuation de la fracture numérique pour les détenus incarcérés
En effet, les personnes incarcérées pour une longue durée sont concernées par une fracture numérique difficile à vivre au moment de la libération. À l’heure où la majeure partie des formalités administratives s’effectuent désormais en ligne, certains ex-détenus sont dans l’incapacité d’utiliser l’outil Internet à leur sortie de prison.
Pour accéder à leurs droits, trouver un emploi ou encore informer les organismes de leur situation, ces derniers rencontrent bien souvent de lourdes difficultés.
Des détenus privés d’accès à des outils utiles pour la réinsertion sur Internet
Informer la CAF d’un changement de situation, postuler à des offres d’emploi en ligne ou encore consulter leur compte en banque sont autant de démarches effectuées au quotidien par la population inaccessibles aux personnes incarcérées. Cette rupture numérique compromet grandement leurs chances de réinsertion et leur accès aux droits sociaux, au logement et à l’emploi.
Comment les détenus parviennent-ils à accéder à Internet depuis leurs cellules ?
Malgré l’interdiction faite aux détenus d’utiliser Internet, certains parviennent à accéder au web depuis leur cellule. En effet, via un smartphone et une carte SIM régulièrement alimentée, ces derniers parviennent à se connecter, communiquer avec l’extérieur, alimenter leurs comptes sur les réseaux sociaux et naviguer sur les sites Internet.
Des smartphones pour accéder à Internet
Les smartphones sont présents en prison. Malgré de nombreuses fouilles effectuées par les surveillants pénitentiaires, les détenus parviennent à faire entrer lors de parloirs ou grâce à des drones ou paquets jetés depuis l’extérieur de la prison des téléphones et cartes SIM prépayées.
Depuis leurs mobiles, certains continuent de gérer leurs trafics depuis l’intérieur des prisons tandis que d’autres se contentent d’un usage récréatif de l’outil numérique.
Des détenus influenceurs sur les réseaux sociaux
Sur Instagram, Tiktok ou encore Facebook, les détenus stars sont de plus en plus fréquemment présents et suivis par les internautes. Des prisonniers ont réussi à animer de véritables communautés et voient leurs photos, vidéos et publications regardées, commentées et partagées par de nombreux followers.
Malgré l’interdiction d’utiliser Internet en prison, certains agissent à visage découvert et dénoncent leurs conditions de détention malgré les risques encourus.
Comment l’administration pénitentiaire lutte-t-elle contre l’usage d’Internet en prison ?
Pour lutter contre l’usage illicite d’Internet en prison, les établissements pénitentiaires accentuent les fouilles des cellules tandis que d’autres ont placé des brouilleurs à proximité de leurs structures. Ces dispositifs ont un impact sur le quotidien des détenus, même si ceux-ci continuent de se faire livrer de nouveaux smartphones depuis l’extérieur. Certains disposent même d’une connexion renforcée par des opérateurs augmentant la puissance du réseau pour déjouer les brouilleurs afin que le voisinage ne soit pas lésé.
Peut-on communiquer par Internet avec un détenu ?
C’est la première question que se posent les proches d’une personne incarcérée : peut-on lui envoyer un e-mail ou un message sur les réseaux sociaux ? La réponse est non, il n’existe aujourd’hui aucun moyen légal de communiquer par Internet avec un détenu en France. Les personnes incarcérées n’ont pas d’adresse e-mail officielle, ne reçoivent pas de messages en ligne et ne peuvent pas être contactées via une messagerie instantanée ou un réseau social.
Cette impossibilité découle directement de l’interdiction d’accès à Internet. Faute de connexion autorisée en cellule, aucune correspondance électronique entrante ou sortante n’est possible par les canaux officiels. Les seuls détenus que l’on voit échanger en ligne le font illégalement, via un téléphone portable dissimulé, au risque de lourdes sanctions.
Les moyens légaux pour rester en contact
Si Internet reste fermé, plusieurs canaux officiels permettent de maintenir le lien avec un proche incarcéré :
- Le courrier postal, le moyen le plus simple et le plus utilisé. Chaque détenu peut écrire et recevoir des lettres sans limitation de nombre. Attention toutefois : hormis la correspondance avec un avocat, les courriers sont lus par l’administration pénitentiaire. Retrouvez toutes les règles sur notre page dédiée à l’envoi de courrier à un détenu.
- Le téléphone. Un détenu ne peut pas recevoir d’appel, mais il peut vous appeler depuis les cabines de l’établissement, à condition que votre numéro figure sur sa liste autorisée. La marche à suivre est détaillée sur notre page consacrée à l’autorisation d’appel.
- Les parloirs permettent une rencontre physique après obtention d’un permis de visite.
Et la messagerie des tablettes NED ?
Le programme Numérique en détention (NED) a fait naître un espoir de messagerie encadrée, sur le modèle de ce qui existe déjà à l’étranger, aux États-Unis notamment, les détenus peuvent échanger des messages électroniques et passer des appels vidéo via des systèmes sécurisés et payants.
En France, les tablettes installées en cellule restent pour l’heure limitées aux démarches internes (cantine, requêtes, rendez-vous) et n’ouvrent pas de canal de communication en ligne avec les proches. La messagerie familiale figure parmi les évolutions réclamées par les associations, mais elle n’est pas encore déployée.
En clair : pour joindre un proche en prison, il faut aujourd’hui en revenir aux moyens traditionnels que sont la lettre, le téléphone et le parloir.
Le NED : des tablettes numériques dans les cellules
Face à la fracture numérique en milieu carcéral, l’administration pénitentiaire a développé sa propre réponse : le programme « Numérique en détention » (NED). Lancé en 2019 sous le ministère de Nicole Belloubet et expérimenté à partir de 2021 dans les prisons de Melun, Dijon et Strasbourg, ce dispositif est en déploiement national depuis juin 2023. Attention toutefois : il ne s’agit pas d’un accès à Internet, mais d’un réseau interne fermé et bridé, limité à quelques applications validées par l’administration.
Des tablettes numériques disponibles en cellule
Concrètement, une tablette tactile sécurisée, encastrée dans un support fixé au mur de la cellule, permet aux personnes détenues de réaliser en autonomie certaines démarches du quotidien carcéral :
- consulter leur compte nominatif sans passer par un surveillant ;
- passer leurs commandes de cantine directement depuis la cellule ;
- adresser des requêtes à l’administration pénitentiaire ;
- gérer leurs rendez-vous au parloir.
Début 2025, environ 16 000 cellules étaient équipées dans 90 établissements pénitentiaires, au bénéfice de plus de 22 000 détenus, pour une enveloppe totale de 125 millions d’euros. Le NED constitue une avancée réelle pour le quotidien en détention, mais il ne répond pas à la revendication du collectif « Internet en prison » : les tablettes ne donnent accès ni au web, ni aux démarches administratives en ligne comme France Connect, Pôle emploi ou la CAF.
La polémique de 2025 : le programme suspendu après des dérives
Le 6 mars 2025, un article du Figaro révèle que certains détenus sont parvenus à contourner les protections des tablettes. Des vidéos publiées sur TikTok montrent des personnes incarcérées se vantant de regarder des films en haute définition ou de jouer en ligne depuis leur cellule, après avoir réinitialisé l’appareil par une simple combinaison de boutons et connecté une carte SIM introduite clandestinement.
La réaction politique est immédiate : le 8 mars 2025, le garde des Sceaux Gérald Darmanin annonce un moratoire sur le déploiement des tablettes et commande un audit sur les dysfonctionnements du programme. Dans l’attente des conclusions, les 65 millions d’euros de crédits restants sont gelés.
Cette polémique illustre le dilemme permanent du numérique en prison : chaque ouverture, même strictement encadrée, se heurte aux détournements d’une minorité de détenus et fragilise politiquement les dispositifs dont bénéficie l’ensemble de la population carcérale pour ses démarches les plus élémentaires.
Quelles sont les conséquences de l’absence d’Internet en prison ?
Les détenus restent privés de nombreux droits et opportunités, notamment l’éducation en ligne, les démarches administratives et l’accès à des informations essentielles. L’accès à Internet est vu comme un outil d’émancipation et de réduction de la récidive, soulignant son importance pour la réinsertion des détenus et le bénéfice de la société.
L’exemple de pays comme l’Allemagne, l’Australie ou la Suisse montre que les contraintes de sécurité peuvent être surmontées, et les experts en cybersécurité affirment que ces obstacles ne sont pas insurmontables.
Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin
Questions fréquentes au sujet d’Internet en prison
Comment les détenus arrivent-ils à se procurer un smartphone pour surfer sur Internet ?
Les smartphones se trouvant en prison sont directement acheminés depuis l’extérieur par différents biais. Les drones, les paquets jetés par-dessus les clôtures des prisons ou encore les parloirs sont les principales portes d’entrée d’Internet dans les cellules des prisons.
Quels genres de vidéos les détenus publient-ils sur Internet ?
Les détenus publient toutes sortes de vidéos sur Internet. Certains témoignent de leurs conditions de détention, partagent des recettes de cuisine réalisées avec très peu d’ustensiles, effectuent des chorégraphies…
Que risquent les détenus qui publient du contenu sur tiktok ?
En plus de faire l’objet de sanctions disciplinaires après la saisie de leur smartphone, les détenus qui publient du contenu sur Tiktok ou qui sont pris la main dans le sac en train de surfer sur Internet risquent d’autres problèmes.
Un passage au mitard, la suspension des réductions de peine, des charges supplémentaires ajoutées au dossier et de nouvelles poursuites judiciaires sont autant de contraintes qui peuvent être rencontrées par les détenus qui utilisent Internet en prison.
Comment les détenus rechargent-ils leur forfait Internet ?
Pour recharger leur forfait Internet depuis la prison, les détenus bénéficient bien souvent d’un proche complice à l’extérieur. En effet, il suffit à ce dernier d’aller acheter une carte prépayée au bureau de tabac et de fournir à son proche incarcéré les codes présents sur la carte pour qu’il puisse de nouveau utiliser Internet depuis la cellule de la prison au sein de laquelle il évolue.