Gérald Darmanin lance le plan « zéro téléphone en prison »

plan zéro téléphone en prison

Le vendredi 21 novembre 2025, Gérald Darmanin s’est rendu à la prison de la Santé à Paris pour dévoiler un dispositif inédit : le plan « zéro portable », une stratégie de sécurisation massive visant à rendre entièrement étanches six établissements pénitentiaires pilotes face aux trafics de téléphones et de stupéfiants. Annoncé comme une priorité nationale, ce plan s’appuie sur près de 30 millions d’euros d’investissements dès 2025, avec des travaux à mener en moins de sept mois.

Une visite à la prison de la Santé

Arrivé ce matin à la prison de la Santé, à Paris, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a échangé longuement avec les surveillants pénitentiaires. Ceux-ci ont décrit une situation devenue courante :

  • Des téléphones retrouvés quotidiennement,
  • Des projections depuis la rue ou les toits voisins,
  • Un trafic alimenté par la proximité des bâtiments environnants.

La configuration de la Santé fait partie du problème : certaines cours de promenade donnent directement sur des immeubles d’habitation situés à quelques mètres seulement. Il n’est pas rare que des objets soient lancés depuis la rue, les parkings, des fenêtres ou même les toits des bâtiments environnants. L’école située juste derrière la prison constitue elle aussi un point de passage fréquent pour les projections de stupéfiants ou d’appareils électroniques.

Selon les agents rencontrés ce matin-là, le phénomène n’a jamais été aussi massif. Ils constatent quotidiennement des tentatives d’introduction d’appareils toujours plus petits, plus sophistiqués, parfois spécialement conçus pour passer inaperçus lors des contrôles des portiques de sécurité en prison. Cette réalité nourrit la détermination du ministre, expliquant vouloir créer un environnement dans lequel l’introduction d’un téléphone deviendrait matériellement impossible.

Ces échanges confirment une réalité bien connue : l’introduction de téléphones en détention reste l’un des défis majeurs de l’administration pénitentiaire. En 2024, 80 000 téléphones ont été saisis, un chiffre qui illustre l’ampleur de ce marché parallèle.

Rendre l’usage des téléphones impossible

L’objectif affiché est simple : rendre impossible l’entrée et l’usage de téléphones portables dans les établissements pénitentiaires test. Cette stratégie, qualifiée de « réarmement de la sécurité », repose sur un ensemble de nouvelles installations :

Travaux et équipements prévus

  • Couverture totale des cours de promenade pour empêcher les projections (1,2 million d’euros).
  • Installation de caillebotis renforcés aux fenêtres afin d’éviter la récupération d’objets lancés (4,4 millions d’euros).
  • Déploiement de portiques à ondes millimétriques pour contrôler les entrées avec une précision comparable aux aéroports (1,7 million d’euros).
  • Renforcement massif des brouilleurs de téléphones (6,4 millions d’euros).
  • Systèmes anti-drones pour contrer les survols et les dépôts depuis les airs (1 million d’euros).
  • Scanners pour contrôler les paquetages des détenus.

Chaque prison bénéficiaire recevra entre 5 et 6 millions d’euros de travaux. Selon un cadre de l’administration pénitentiaire, il s’agit littéralement de « créer une bulle de confinement technologique » autour de la Santé.

Le plan « zéro portable » ne repose pas sur un seul dispositif, mais sur une transformation globale de l’environnement carcéral. Dès aujourd’hui, plus de 30 millions d’euros vont être investis dans six établissements. Chaque prison sélectionnée bénéficiera de travaux évalués entre cinq et six millions d’euros. L’objectif est que ces chantiers soient achevés en moins de sept mois, afin de pouvoir tester rapidement l’efficacité réelle de ces mesures.

Les cours de promenade seront entièrement couvertes afin d’empêcher les projections depuis l’extérieur. Cette mesure, prévue pour 2026, répond à l’un des modes d’introduction les plus répandus dans les prisons urbaines. Les fenêtres des cellules seront équipées de caillebotis renforcés, conçus pour empêcher les échanges d’objets entre détenus ou depuis l’extérieur. Aux entrées, des portiques à ondes millimétriques permettront d’approfondir la détection des objets dissimulés sur le corps, tandis que des scanners analyseront les paquetages et effets personnels des détenus de manière systématique.

Les dispositifs de brouillage téléphonique, déjà utilisés dans certaines prisons mais souvent insuffisants face aux évolutions technologiques, seront renforcés et modernisés. Le coût de ces systèmes se situe entre quatre et cinq millions d’euros par établissement. L’administration pénitentiaire développera également des installations anti-drones pour prévenir les dépôts en hauteur, un phénomène encore marginal mais en constante progression.

Une réponse directe aux affaires récentes

Ces mesures ont été accélérées par plusieurs événements criminels survenus ces derniers mois. L’assassinat de Mehdi Kessaci à Marseille, le 13 novembre 2025, aurait été commandité depuis une cellule de prison, illustrant l’usage de téléphones clandestins par des figures du grand banditisme pour diriger des violences à l’extérieur.

Gérald Darmanin l’a rappelé avec fermeté :

« Comment peut-on encore téléphoner ou fumer du cannabis en prison ? On arrête la récréation. »

Il reconnaît également que certains chefs de réseaux disposent de relais ou de moyens technologiques avancés, malgré les efforts de l’administration.

Le cas d’Amine O. et le renforcement du dispositif sécuritaire

Dans ce contexte, le détenu Amine O., suspecté d’avoir ordonné des règlements de compte depuis sa cellule, a été transféré vers le quartier de lutte contre la criminalité organisée (QLCO) de Condé-sur-Sarthe, l’un des établissements les plus sécurisés du pays, aux côtés de Vendin-le-Vieil. Ces QLCO, directement inspirés des modèles italiens anti-mafia, constituent l’un des axes majeurs de la politique pénale actuelle.

Pour comprendre les enjeux liés aux mini-téléphones et aux fouilles massives : Opération “Prison Break” : l’État français en guerre contre les mini-téléphones en prison

Les six prisons pilotes du dispositif

Le plan débute dans six établissements identifiés comme particulièrement exposés, dont :

Selon le ministre, dans certains de ces sites, l’envoi de téléphones est devenu « un sport quotidien ».

Contacter légalement un détenu : les seuls moyens autorisés en prison

Dans le cadre du plan “zéro portable”, le ministère de la Justice rappelle fermement que les communications entre l’extérieur et les personnes incarcérées sont strictement encadrées. En France, seuls deux moyens sont officiellement autorisés pour contacter un détenu.

D’abord, l’envoi de lettres demeure la méthode la plus courante et la plus sécurisée. La correspondance postale est contrôlée par l’administration pénitentiaire, ce qui garantit le respect des règles de sécurité. Les proches peuvent écrire autant qu’ils le souhaitent, à condition de respecter les directives de chaque établissement.

Ensuite, les détenus peuvent passer des appels exclusivement depuis les cabines téléphoniques sécurisées ou les téléphones fixes installés en cellule, lorsque cela existe. Ces équipements sont reliés à un système de surveillance permettant de vérifier les numéros autorisés et d’empêcher toute communication illicite. Cette transparence est essentielle pour prévenir les pressions, les trafics et les manipulations.

L’usage d’un téléphone portable clandestin constitue non seulement une infraction, mais aussi une menace directe pour la sécurité des établissements. C’est précisément pour mettre fin à ces pratiques que le gouvernement déploie aujourd’hui un dispositif technologique et sécuritaire inédit.

Une réforme structurelle accompagnée d’un vaste recrutement

Pour accompagner ce renforcement de la sécurité, Gérald Darmanin a confirmé le recrutement de 1 000 surveillants pénitentiaires supplémentaires dès 2026, l’un des plus importants jamais annoncés.

L’objectif :

  • mieux contrôler les flux,
  • renforcer les fouilles,
  • et améliorer la présence humaine dans les zones sensibles.

Selon le ministre, cette mesure est indispensable pour accompagner le réarmement technologique des établissements : davantage d’agents permettra de multiplier les contrôles, d’assurer une meilleure présence en détention et d’améliorer les conditions de travail dans des prisons souvent en sous-effectif.

Les attentes du personnel pénitentiaire

Les agents rencontrés ont également profité de la présence du ministre pour mettre en avant d’autres besoins essentiels, parfois éloignés des préoccupations strictement sécuritaires.

Lors de son déplacement, les surveillants ont évoqué d’autres besoins, moins visibles mais essentiels au bon fonctionnement du milieu carcéral. Ils réclament notamment une présence policière renforcée aux abords des établissements pour lutter contre les guetteurs et les projections extérieures, une collaboration accrue avec les intervenants chargés de la réinsertion, ainsi qu’un effort global pour améliorer l’image du métier auprès de la population. Le personnel souhaite que la sécurité ne soit pas la seule priorité et que les actions visant à accompagner les détenus vers la réinsertion soient également renforcées.

Un changement d’époque pour la sécurité pénitentiaire

Avec ce plan « zéro portable », le ministère de la Justice amorce un tournant historique. Le téléphone clandestin est placé au centre d’une lutte sans précédent. Pour la première fois, l’État investit autant de moyens dans une stratégie de confinement technologique destinée à empêcher toute communication clandestine. Les prisons pilotes deviendront de véritables laboratoires, capables de démontrer si ce modèle peut être étendu à l’ensemble des établissements du pays.

Pour le garde des Sceaux, il ne s’agit pas seulement de moderniser des infrastructures vieillissantes, mais bien de mettre fin à une forme de contradiction : celle d’une prison censée être un lieu d’isolement, mais où la communication illicite n’a jamais été aussi facile. À ses yeux, ce plan constitue la réponse la plus cohérente aux pratiques de commandement criminel depuis les cellules et à l’ampleur du trafic de téléphones portables.

Les prochains mois permettront d’évaluer la réelle efficacité de ce dispositif. Si les projections diminuent, si les brouilleurs empêchent véritablement les communications et si les téléphones cessent d’alimenter les réseaux criminels, le ministère pourrait envisager un déploiement plus large. En attendant, la prison de la Santé devient le cœur d’une expérimentation nationale qui pourrait redéfinir la sécurité en détention pour les années à venir.

Darmanin l’assure :

« Les événements récents montrent que nous avions raison d’agir. Nous devons maintenant étendre ce modèle à l’ensemble des prisons françaises. »

Les mois à venir permettront de mesurer l’efficacité de ces dispositifs et leur possible généralisation.

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Pauline Couley

Pauline met son expérience auprès des familles confrontées à la détention. Au fil de ses échanges avec les familles et de ses recherches sur les procédures pénitentiaires, elle s’est familiarisée avec les démarches généralement accompagnées par les avocats et les professionnels du droit. Chaque texte qu’elle rédige vise à rendre les démarches carcérales plus accessibles et compréhensibles. Profil Linkedin